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PRÉSENTATION ORALE DE ROBERT FAVREAU, PRÉSIDENT DU COMITÉ DES AUTEURS DE LA SOCIÉTÉ DES AUTEURS ET COMPOSITEURS DRAMATIQUES ET DE LA SOCIÉTÉ CIVILE DES AUTEURS MULTIMÉDIA
AUDIENCE PUBLIQUE DU CRTC SUR L'EXAMEN DE CERTAINS ASPECTS DU CADRE RÉGLEMENTAIRE DE LA TÉLÉVISION EN DIRECT SACD-SCAM COMPARUTION DU 30 NOVEMBRE 2006 4446, boulevard Saint-Laurent, bureau 202 Tout être humain devient mature lorsqu'il peut se regarder dans la glace, se reconnaître tel qu'il est et même, lorsqu'il peut rire de lui. Il en va de même des cultures qui, lorsqu'elles bannissent ou interdisent les images, freinent leur propre développement en imposant à leurs membres le repli sur soi. Si une telle pratique pouvait s'avérer sans grande conséquence à l'époque médiévale, s'y plier aujourd'hui condamnerait la société qui s'y conforme à l'asphyxie. Chaque culture, comme chaque être humain, a en effet besoin de ce miroir de soi qui lui renvoie l'image de ses forces et de ses contradictions. Ces auto-portraits sont autant de façons de se projeter dans le présent et dans l'avenir que de se remémorer d'où l'on vient. Qui plus est, c'est par eux que les générations futures pourront voir et mieux saisir ce que fut la vie et les défis de leurs parents et de leurs grand-parents. Plus encore, ces portraits constituent autant de cartes de visite à présenter aux autres cultures de la planète en cette époque où les échanges avec les nations du monde sont devenus vitaux. Or, peut-on imaginer portrait plus détaillé et plus complet de la vie canadienne que celui qu'en offrent le cinéma, tant documentaire que de fiction, ainsi que les dramatiques télévisuelles? La vie de tous les jours, les particularismes de chaque milieu ainsi que les enjeux de chaque époque y sont décrits jusque dans leurs moindres détails, des plus loufoques aux plus pointus. Ces portraits sont si riches qu'ils diffusent et font connaître, dans un même élan, plusieurs des autres arts qui ont cours dans notre société à une époque donnée. En effet, la danse, la musique, le théâtre, les arts plastiques et la littérature s'y retrouvent en même temps que les multiples représentations de ce que nous sommes, nous, terriens du troisième millénaire. Dans cette dynamique d'échanges entre nous et les autres, le Canada, et plus particulièrement le Québec, sont privilégiés. En effet, depuis plus de 20 ans, les Québécois raffolent de leurs séries télévisuelles au point où les émissions francophones canadiennes comptent pour plus de 84% de l'écoute totale à la télévision québécoise. D'ailleurs, les 20 émissions les plus regardées sur les réseaux généralistes sont des productions québécoises. Plus récemment, un phénomène comparable se produit avec notre cinéma. En dix ans seulement, le cinéma québécois a vu son assistance passer de 550 000 à près de 5 millions de spectateurs par année, soit une croissance annuelle de 27,5%, alors que la fréquentation totale en salles ne connaissait qu'une augmentation annuelle de 2,6% (1) . La qualité est là, incontestablement. Mais comment pourrait-on nier le besoin véritable que semble confirmer un tel engouement? En tout cas, nombreux sont les pays qui nous envient un tel niveau de pénétration de l'auditoire. Il serait cependant présomptueux et dangereux de tenir ce succès pour assuré. Cela ne s'est pas produit par magie et ne s'est pas bâti en un jour ni même en dix ans. Il en a fallu des essais et des erreurs, des retours sur ceux-ci ainsi que beaucoup d'imagination et de volonté pour mettre en place de nouvelles politiques de soutien public mieux ciblées. Pendant plus de trente ans, nous avons déployé efforts, détermination et talents pour parvenir à ces résultats. Cette réussite découle en partie des investissements consentis par les organismes de financement public mais aussi par les télévisions généralistes, investissements qui ont permis l'éclosion de nombreux nouveaux talents. Phénomène qui est d'ailleurs en pleine croissance, le succès suscitant l'intérêt des nouvelles générations de créateurs qui ont le goût d'en être partie prenante. Comment alors ne pas s'inquiéter des signes avant-coureurs de récession du soutien public et de celui des télévisions généralistes? Avons-nous vraiment le loisir, comme société, de revenir aux balbutiements d'il y a trente ans alors que chaque insuccès en laissait présager de nombreux autres? Si une telle chose advenait, aurions-nous alors la capacité et l'énergie de reprendre cette croisade depuis ses tous débuts alors qu'elle a mis si longtemps à porter fruit? Permettez-nous d'en douter. Pour ces raisons, il est urgent, voire impérieux, de non seulement maintenir mais aussi d'accroître le soutien financier aux productions dramatiques canadiennes, tant télévisuelles que cinématographiques, ainsi qu'aux documentaires. Ces productions, fruits de l'imagination de leurs créateurs que sont les scénaristes et réalisateurs, réinventent et redonnent aux Canadiens ces images d'eux-mêmes qui leur permettent d'évoluer. Ce sont leurs vitamines de l'âme. C'est pourquoi nous appuyons toute mesure qui verrait à consolider et à élargir le soutien à ces créateurs, dont celle d'autoriser la création d'un tarif d'abonnement pour les télévisions généralistes Car chez les radiodiffuseurs, ce sont les généralistes qui sont les premiers et principaux investisseurs dans la production de dramatiques canadiennes, leur implication étant une condition sine qua non à l'obtention d'autres crédits publics. Par ailleurs, de consacrer l'essentiel de ces nouveaux revenus aux seuls fins de développement technologique constituerait une singulière erreur de perspective. On ne se contente pas de retaper la carrosserie quand le moteur a des ratés. La haute définition et le passage au numérique n'ont d'intérêt que si l'audience se maintient et s'accroît pour des productions dramatiques canadiennes de haute qualité qui s'adressent à tous les publics. Déjà, la désaffection des générations montantes a de quoi nous inquiéter. Seules des productions dramatiques qui sauraient les rejoindre et qui auraient recours aux talents de nombreux jeunes créateurs – comme cela se produit actuellement chez nos voisins du sud – pourraient enrayer ce phénomène. Non seulement doit-on continuer à créer des dramatiques canadiennes de qualité en grand nombre mais on doit aussi s'assurer que ce genre, dans ses thématiques et son langage, se renouvèle. Il serait en effet risqué de se satisfaire des succès obtenus pour tenter d'en généraliser les recettes. Dans ce domaine, l'audace et l'expérimentation sont toutes aussi déterminantes que la somme des investissements consentis. Or, l'histoire récente nous montre que ce sont essentiellement les télévisions publiques qui ont osé investir dans ces nouvelles formes narratives dont les créateurs ont l'audace. Leur marge de manœuvre financière plus grande les aura probablement incitées à encourager l'innovation. Après quelques années, les télévisions généralistes privées ont récupéré à leur tour ces productions, du moins celles qui ont connu un certain succès. Le rôle des radiodiffuseurs publics en est un de prospecteur. Ils doivent prendre des risques et parier sur de nouvelles formes qu'inventent nos raconteurs d'histoires et sur de nouvelles thématiques qu'ils explorent pour refléter l'évolution de la société qu'ils habitent. C'est pourquoi nous croyons que les revenus additionnels que procureraient aux télévisions généralistes un tarif d'abonnement devraient être destinés tout autant aux télévisions publiques qu'aux télévisions privées. Le financement n'est pas tout. L'accès à des fenêtres de diffusion avantageuses est tout aussi important. On a qu'à imaginer ce qu'entraînerait le maintien ou l'accroissement du soutien aux dramatiques canadiennes et aux documentaires si celui-ci était combiné à l'abandon ou à la réduction de ces fenêtres de diffusion prioritaires. On constaterait alors, dès la première année, une diminution d'audience. La main gauche aurait alors détruit ce que la main droite avait si onéreusement cherché à construire. Non seulement les fenêtres prioritaires de diffusion des productions dramatiques canadiennes doivent être maintenues mais elles doivent être imposées à l'ensemble des télévisions généralistes. Les iniquités existantes n'ont plus leur raison d'être. Par ailleurs, les fenêtres actuellement réservées aux documentaires doivent êtres revues car elles souffrent d'une marginalisation que ne justifie pas l'importance et le succès rencontrés par de nombreux documentaires au cours des dernières années. Dans la même veine, toute augmentation de la présence publicitaire au delà des 12 minutes actuellement permises comporterait de grands risques. Ajoutées aux autopromotions des réseaux, l'espace publicitaire occupe déjà près de 25% de l'heure télévisuelle. Au delà de cette limite, l'intérêt des spectateurs risque fort de s'émousser, lui qui se voit déjà sollicité de toutes parts. Mais il y a surtout le risque de rendre de plus en plus fragmentée et donc friable la relation qu'entretiennent les spectateurs aux personnages et au récit de nos dramatiques, tellement celles-ci deviendraient saucissonnées d'innombrables promotions. Une fois cette relation ébréchée, l'intérêt pour nos histoires s'évanouira et, une fois encore, la main gauche aura détruit ce que la main droite avait cherché à bâtir. Quant à un accroissement du placement média, c'est l'essence même de ces dramatiques qui risquent d'être affecté. Les émissions dramatiques que nous imaginons appartiennent à l'imaginaire. Elles font rêver et nous permettent de pénétrer dans des univers qui nous sont peu ou pas connus. Le placement de produit n'a pas sa place dans une telle aventure pas plus qu'une affiche géante de McDo n'en aurait sur le parcours d'Alice au pays des merveilles. L'espace imaginaire doit être mis à l'abri de l'appétit marchand. Enfin, et je conclurai là-dessus, il faut rappeler que le succès considérable que notre cinéma et nos émissions dramatiques canadiennes ont connu depuis 20 ans coïncide avec l'essor fulgurant de la production indépendante au cours de la même période. Cette apparente coïncidence n'en est pas une. On devrait plutôt parler de relation de cause à effet. Par sa précarité même, la production indépendante se voit obligée d'être innovatrice, audacieuse, enthousiaste et extrêmement motivée tout en s'appuyant sur l'inventivité toujours renouvelée des scénaristes et réalisateurs qui créent les œuvres qu'elle produit. La compétition et l'émulation qui se développent inévitablement entre les diverses unités de production qui la composent viennent amplifier ces atouts. Enfin, l'origine nécessairement composite de ces unités de création et des créateurs qui y évoluent assure une grande diversité de la production qui en découle. Toutes ces qualités expliquent en grande partie les succès que nous connaissons présentement. Mais nous savons aussi que ces qualités s'émoussent rapidement à l'intérieur d'unités de production qui relèvent directement du diffuseur, sans parler de la bureaucratie qui accompagne inévitablement ce mode d'intégration de la production. Pour ces raisons, nous nous objectons fermement à toute volonté de rendre accessible aux unités de production gouvernées par les diffuseurs les programmes de soutien public à la production. ******** En résumé, la nécessité d'augmenter les investissements des diffuseurs généralistes pour la production d'émissions dramatiques canadiennes justifie, à elle seule, l'autorisation d'un tarif d'abonnement pour ceux-ci. Ce tarif doit être consenti tant aux diffuseurs généralistes publics que privés. Mais cette mesure n'aidera à préserver la qualité de la production de documentaires et de dramatiques canadiens que si ces oeuvres émanent du secteur de la production indépendante. De même, les répercussions d'une telle mesure ne porteront fruit qu'en autant que soient maintenues et généralisées à tous les diffuseurs généralistes les actuelles fenêtres prioritaires de diffusion de ces dramatiques canadiennes et que soient améliorées celles réservées au documentaire. Enfin, il importe que ces fenêtres prioritaires de diffusion ne soient pas envahies plus qu'elles ne le sont déjà par l'univers étroit de la réclame au détriment de l'espace imaginaire et onirique que ces émissions cherchent à créer au profit de tous les Canadiens. (1) Conférence de M. Jean-Guy Chaput, président de la SODEC, prononcée devant les membres de l'APFTQ, novembre 2006 CRTC / 30 novembre 2006
ADDRESS BY ROBERT FAVREAU, PRESIDENT OF THE AUTHOR'S COMMITTEE OF THE SOCIÉTÉ DES AUTEURS ET COMPOSITEURS DRAMATIQUES AND THE SOCIÉTÉ CIVILE DES AUTEURS MULTIMÉDIA PUBLIC HEARING CRTC 2006-05 – REVIEW OF CERTAINS ASPECTS OF THE REGULATORY FRAMEWORK FOR OVER-THE-AIR TELEVISION SACD-SCAM APPEARANCE OF NOVEMBER, 30th, 2006 All human beings attain maturity when they can look at themselves in the mirror, knowing who and what they are, and perhaps, when they can also laugh at themselves. The same thing is true of cultures in general: whenever they banish or forbid images, they apply a brake to their own development by forcing their members to withdraw within themselves. If it's true that such a practice might have been without much consequence in the medieval period, any society today which conforms to such a measure is condemned to its own slow but sure asphyxiation. As is the case with individuals, each culture needs this reflection of itself, to highlight images of both its strengths and contradictions. These self-portraits provide a multitude of ways to project oneself into present and future situations, as well as offering reminders of where we have come from. What's more, this is how future generations are enabled to see and better understand what made up the lives and challenges of their parents and grandparents. And again, these portraits act like so many visiting cards, which can be presented, to other cultures around the planet, especially in an era when exchanges between nations are of paramount importance. Is it possible to imagine a more detailed, more complete portrait of Canadian lifestyles than that provided by cinema, in both its documentary and fictional aspects, and our television dramas? Everyday life, the particularities of various milieu as well as the major issues of each period are all described in great detail, from the craziest to the most controversial. These portraits are enriched by the fact they include, and at the same time make better known, the other artistic resources of our society at any given period. These include dance, music, theatre, literature, art and sculpture, all of which help colour the many facets of who we are today, Earth dwellers of the Third Millennium. In this dynamic period of exchanges between peoples far and wide, Canada, and even more so Québec, are particularly well placed. For over 20 years now, Quebeckers have been enjoying their own television series to such an extent that Canadian programs in French count for more than 84% of total Québec television viewing time. Furthermore, the 20 most often viewed programs on the conventional networks are Québec productions. In recent times, a similar phenomenon has been experienced with Québec cinema. In only 10 years, Quebec cinema attendance has grown from 550,000 to nearly 5 million spectators per year, representing an annual growth of 27.5%. At the same time, total cinema attendance in Québec grew by only 2.6% (1) annually. Without any doubt, the quality is there. So how could anyone refute the existence of such an obvious need, which this popular support confirms? In any case, there are numerous other countries that are more than a little envious of our high degree of audience penetration. Nevertheless, it would be both presumptuous and dangerous to take this success for granted. None of this happened by magic, nor was anything built in a day, nor even in a decade. A long period of trial and error was needed, with constant reviewing and much imagination and goodwill in order to set up new policies designed to provide better-targeted public support. For more than thirty years, we have deployed our efforts, determination and talent in order to achieve these results. This success is partly the result of investments made by public financial organizations, but conventional television networks have also played their part. Such investments have led to the blossoming of numerous new and talented creators. This is a phenomenon which is going through a remarkably flourishing period, with one success after another inciting the interest of a whole new generation of creators eager to participate in this fertile domain. So how can we fail to be concerned by preliminary indications that public funding is about to enter a recessionary period? This applies to conventional television networks as well. Do we really have the liberty, as a society, to return to the ups and downs of thirty years ago, when each breakdown was only a prelude for the next, with many others to follow? If such a thing was to occur, would we have the capacity and energy required to undertake a similar crusade right from the very beginning, when it has taken so long to bear fruit? We find such a prospect extremely doubtful. For these reasons, it is urgent if not imperative, not only to maintain but to increase financial support for Canadian drama productions, whether on television or in the cinema, and without forgetting documentaries. These productions, the fruit of the imagination of their creators, whether scriptwriters or directors, reinvent and reflect back to the Canadian population images of themselves, images which help them to evolve as a people. They act as veritable vitamins for the soul. This is why we support all measures aimed at consolidating and expanding support for these creators, including that of authorizing the creation of subscription fees for conventional networks. Among broadcasters in general, it is the conventional networks which are the primary and principal investors in Canadian drama productions, their involvement being an indispensable condition for obtaining additional public funding. Furthermore, if the vast proportion of these new revenues were to be invested solely in the area of technological development, such action would constitute a grave error in long-term thinking. When the motor itself is coughing and spluttering, we don't think of simply giving a new shine to the bodywork. HD television and the movement towards digital technology can only be of interest if the audience for high-quality Canadian drama productions, aimed at viewers of all ages and types, is maintained and increased. The disaffection of upcoming generations is already something about which we should be concerned. Only by means of drama productions which are able to reach these new audiences, and which use the talents of the numerous young creators waiting in the wings – as is currently occurring among our neighbours to the south – will we be able to cope with this phenomenon. We must continue to create not only Canadian drama productions of high quality and in large numbers but we must ensure that this genre, both in terms of its themes and its language, renews itself. It would indeed be risky to remain satisfied with the success obtained thus far, and simply continue its recipe. In this field, audacity and experimentation are ingredients which are just as determinant as the sums invested. Recent history has shown us that it is mainly the public television networks that have dared to invest in these new narrative forms with which modern creators have had the audacity to experiment. The greater financial margins with which they have been able to manoeuvre have no doubt influenced and encouraged their innovation. After some years, the private conventional networks have also picked up these types of productions, at least those which have had a certain degree of success. The role of the public broadcaster must be one of a prospector. Public networks have to take risks and back new forms invented by our storytellers of tomorrow, exploring new themes which reflect the evolution of the society in which we live. This is why we believe that the additional income that subscription fees will bring to conventional television networks should be available as much to the public sector as to the private. Yet financing is not all. Access to advantageous exhibition windows is just as important. It is difficult to imagine how growth and increased support for Canadian drama productions and documentaries could be maintained if there was a reduction in the priority accorded to exhibition windows at the same time. Audience size would be compromised from the first year. The left hand will then have destroyed what the right has been so laboriously constructing. Not only must priority exhibition windows for Canadian drama productions be maintained, but also they must be imposed on all conventional television networks. Existing inequalities no longer have any reason to continue. Furthermore, the windows currently reserved for documentaries must be reviewed because this area is suffering from a degree of marginalization that can scarcely be justified when one considers the important successes that have occurred in this field in recent years. In the same vein, any increase in advertising time above the 12 minutes already allowed will involve major risks. When added to the self-promotions by the networks themselves, advertising already occupies nearly 25% of each television hour. Above this limit, spectator interest is very likely to decline, especially when one considers the degree of solicitation taking place in today's society in general. There is a serious risk of making the viewer's relationship with both the characters and the stories in our drama creations ever more fragmentary and apt to crumble, the more they are slotted in between ever encroaching portions of advertising. Once this relationship has been breached, interest in the stories we write will vanish and once again, the left hand will have brought down everything the right hand has tried to build up. With respect to an increase in media placement, it is the very essence of these dramas that risks being affected. The drama programs that we create belong to the world of imagination. They allow people to dream and let them penetrate into parts of our universe which are little known, if at all. Product positioning has no place in such an adventure, any more than a giant McDonald's ad would have in the imaginary space of Alice in Wonderland. Space must be allowed for the imaginary and it must be protected from the greed of mercantile interests. Lastly, and I will conclude on this note, it should be remembered that the considerable success of our cinema and television drama programs, experienced over the last 20 years, has coincided with the remarkable growth of independent productions during the same period. However, this is a coincidence in appearance only. We should rather speak of cause and effect. Due to their very precariousness, independent productions are obliged to be innovative, audacious, enthusiastic and highly motivated. At the same time, they have to call upon the ongoing inventiveness of scriptwriters and directors who create the works they produce. The competition and emulation which inevitably develops between the various production units further enhances these talents. And the necessarily composite makeup of these creative units and the creators who contribute to them, helps ensure the great diversity of the resulting production units. All these qualities help explain the success which we are having at the moment. But we are also aware that these qualities are likely to decline rapidly in production units that fall directly under the sway of the broadcaster, without mentioning the bureaucracy which automatically accompanies this mode of production integration. For these reasons, we strongly object to any attempt to make programs of public support accessible to production units which are under the governance of the broadcasters. ******** In summary, the need to increase the investments of conventional broadcasters in the production of Canadian drama programs justifies, by itself, the authorization of a subscription fee. This fee should be granted as much to the conventional networks in the public sector, as to the private. But this measure will only help preserve the quality of the production of Canadian documentaries and dramas if these works continue to be produced by the independent sector. Indeed, the repercussions of such a measure are only likely to bear fruit if the current exhibition windows accorded to conventional broadcasters are maintained, and those of the documentaries improved. Lastly, it is also important that these exhibition windows not be invaded more than they are already by the constricting influence of advertising, to the detriment of the space being allocated to the dreams and imaginary worlds that these programs are there to create for the profit of all Canadians. This completes our presentation. We are available to answer any questions you may have. (1) Conference given by M. Jean-Guy Chaput, president of SODEC, to members of the APFTQ, November 2006 CONSEIL DE LA RADIODIFFUSION ET INTERVENTION DE LA SOCIÉTÉ DES AUTEURS ET COMPOSITEURS DRAMATIQUES ET DE LA SOCIÉTÉ CIVILE DES AUTEURS MULTIMÉDIA EN RÉPONSE À L'AVIS PUBLIC CRTC 2006-5 CONCERNANT L'EXAMEN DU CODE RÈGLEMENTAIRE DE LA TÉLÉVISION EN DIRECT LA SOCIÉTÉ DES AUTEURS ET COMPOSITEURS DRAMATIQUES (SACD) 4446, boulevard Saint-Laurent, bureau 202 27 septembre 2006
SOMMAIRE Comme le CRTC procèdera à l'examen de certains aspects du cadre réglementaire de la télévision en direct et notamment de la possibilité d'autoriser un tarif d'abonnement pour la distribution de certains signaux de télévision en direct par les entreprises de distribution de radiodiffusion, la SACD et la SCAM souhaitent comparaître à l'audience afin de préciser leur point de vue sur le rôle essentiel que jouent les radiodiffuseurs conventionnels dans le marché francophone au plan culturel, économique et social et faire valoir l'importante contribution des auteurs – scénaristes et réalisateurs – au système de radiodiffusion canadien. I. INTRODUCTION 1. Fondée par Beaumarchais en 1777, la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD) compte aujourd'hui plus de 42 000 auteurs, dont 1000 auteurs canadiens. Elle se consacre à la défense des intérêts matériels et moraux de ceux et celles qui font profession de créer des œuvres dramatiques. À Montréal, sous la présidence d'honneur de Gilles CARLE, la SACD est dirigée par un Comité des auteurs dont les membres actuels sont : Robert FAVREAU, président 3. Pour sa part, la Société Civile des Auteurs Multimédia (SCAM) a été créée en 1981 pour administrer le répertoire des œuvres audiovisuelles qui était jusqu'alors géré par la Société des Gens de Lettres, une société qui avait été fondée en 1831 par un groupe d'écrivains dont Victor Hugo, Balzac, Alexandre Dumas (père) et George Sand. La SCAM compte plus de 22 000 auteurs, dont 370 au Canada. Son répertoire se distingue de celui de la SACD en ce qu'il est composé d'œuvres à caractère documentaire. La SCAM est également dirigée par le Comité des auteurs SACD dont les membres sont aussi auteurs de documentaires. 4. La SACD et la SCAM partagent des bureaux à Montréal dirigés par Élisabeth Schlittler, délégué général pour le Canada. Elles sont aussi établies à Paris et à Bruxelles. 5. Les deux sociétés négocient notamment des licences avec les radiodiffuseurs pour la diffusion des œuvres audiovisuelles de leurs membres et elles perçoivent les redevances découlant de ces radiodiffusions dans tous les territoires où elles sont présentes. Ainsi, les auteurs canadiens reçoivent des redevances pour l'exploitation de leurs œuvres en Europe. Elles répartissent aussi à leurs membres les redevances perçues au titre de la copie privée auprès des fabricants et des importateurs de supports vierges de plusieurs pays européens. Elles ont conclu des ententes de réciprocité avec d'autres sociétés de perception à travers le monde et elles sont en rapport avec des associations professionnelles. 6. La SACD et la SCAM ne sont ni des syndicats, ni des sociétés subventionnées par des fonds publics. Ce sont des sociétés francophones internationales qui ont été chargées par leurs membres de négocier, percevoir et répartir les redevances qui leur reviennent lorsque leurs œuvres sont exploitées, notamment par la radiodiffusion. C'est ce que l'on appelle la gestion collective du droit d'auteur. Cette gestion collective assure aux auteurs -et à leurs héritiers- d'être liés à la durée de vie économique de leurs œuvres. 7. Au Canada, les auteurs de l'audiovisuel bénéficient d'un système composite. En effet, leurs conditions d'engagement et de travail sont régies par les conventions collectives négociées par les syndicats dont ils sont membres alors que l'exploitation télévisuelle de leurs oeuvres est régie par les licences négociées par la SACD ou la SCAM, notamment avec les radiodiffuseurs conventionnels et spécialisés. 8. À ce jour, la SACD et la SCAM ont négocié des licences avec Radio-Canada/RDI, Télé-Québec, Télévision Quatre Saisons, le Groupe TVA, les chaînes Télé-Astral, Canal Mystère, Prise 2, Argent, LCN, Teletoon, Canal D, Canal Z, Canal Vie, Historia, Séries+, Super Écran, Vrak TV, ARTV, Musimax, Canal Évasion et la Canadian Retransmission Collective (CRC) pour le câble. II. INTERVENTION DE LA SACD ET DE LA SCAM 9. En 1999, dans sa politique télévisuelle au Canada, le CRTC a cherché à assurer la disponibilité d'émissions canadiennes de qualité qui reflètent la réalité canadienne dans sa diversité. Les mesures adoptées par le CRTC visaient à encourager la diffusion de dramatiques originales, à augmenter les dépenses relatives à ces dramatiques et à accroître l'écoute de celles-ci par les téléspectateurs. 10. En 2006, le CRTC procède à l'examen de certains aspects du cadre réglementaire afin notamment de fournir un environnement dans lequel les titulaires peuvent contribuer de façon optimale tant au plan de la production que de l'acquisition et de la diffusion d'émissions canadiennes de haute qualité. 11. Malgré toutes les mesures incitatives du CRTC mises en place depuis 1999, la production et la diffusion des émissions sont aujourd'hui menacées. Nous en voulons pour preuve la récente décision du Groupe TVA de ne plus financer la production d'émissions dramatiques dites de série lourde, décision qui a aussitôt reçu un écho convergent de Radio-Canada. Les raisons invoquées portent essentiellement sur la diminution des revenus des radiodiffuseurs conventionnels, affectés tant par la fragmentation croissante des auditoires due à l'émergence de nouvelles plateformes de diffusion que par la diminution de leurs revenus publicitaires. L'autre raison invoquée est qu'alors que les radiodiffuseurs conventionnels sont les principaux investisseurs pour la production de ces émissions canadiennes de haute qualité, ils ne bénéficient que d'une seule source de revenus alors que les chaînes spécialisées disposent des revenus publicitaires et des revenus d'abonnement. Ainsi, les radiodiffuseurs conventionnels se disent pénalisés et prétendent ne plus être en mesure de jouer leur rôle d'initiateur de ces émissions. Il faut pourtant rappeler que les émissions dramatiques de grande qualité sont depuis longtemps les émissions phares des radiodiffuseurs conventionnels de langue française. Leur très forte pénétration des foyers au Québec explique le fait que les radiodiffuseurs conventionnels de l'espace francophone occupent 56,5% du marché. En effet, qui ne se souvient pas de la série LES FILLES DE CALEB qui, il y a 20 ans, rejoignait chaque semaine plus de 3 millions de téléspectateurs? Plus tard, les téléspectateurs québécois se sont tordus de rire, pendant plusieurs années, devant l'absurde loufoque des personnages de LA PETITE VIE. Des séries comme OMERTÀ, L'OMBRE DE L'ÉPERVIER, CHER OLIVIER, LES ORPHELINS DE DUPLESSIS, CHARTRAND ET SIMONNE, UN GARS UNE FILLE et plus récemment, des séries comme FORTIER, LA VIE, LA VIE, GRANDE OURSE et LES BOUGON rejoignaient hebdomadairement chacune des millions de téléspectateurs au Québec et pour certaines d'entre elles, dans de nombreux autres pays. Du côté des documentaires diffusés à la télévision, nul ne niera leur puissant impact social. Leurs auteurs nous offrent des films poignants et percutants qui questionnent la communauté dont ils sont issus. Il suffit de se remémorer les fortes répercussions sociales de documentaires tels que L'ERREUR BORÉALE, BACON, À HAUTEUR D'HOMME et de tant d'autres pour s'en convaincre. Comment admettre alors qu'on fragilise un tel acquis que bon nombre de pays nous envient? Car rares sont les télévisions qui, à l'échelle mondiale, réussissent une telle pénétration de leur marché et une pareille fidélisation de leur auditoire. La SACD et la SCAM croient qu'il est urgent de modifier le cadre réglementaire actuel afin de doter les radiodiffuseurs conventionnels de revenus supplémentaires. Dans cette perspective, leur donner accès à des revenus d'abonnement tout comme les chaînes spécialisées est une solution non seulement envisageable mais souhaitable. Mais nous croyons aussi qu'il est nécessaire qu'une exigence réglementaire impose aux radiodiffuseurs conventionnels des dépenses minimales à l'égard de l'acquisition, la production et la diffusion d'émissions canadiennes. Ces dépenses devraient être à l'abri des fluctuations trop importantes, de façon à permettre un développement et un renforcement de la communauté artistique qui crée ces émissions. Actuellement, les radiodiffuseurs conventionnels de langue française consacrent, selon le Conseil, en moyenne 37% de leurs revenus à cette fin. Nous croyons que ce pourcentage est un minimum qui devrait aller en augmentant, et être constitué de tous les revenus des radiodiffuseurs conventionnels, c'est-à-dire tant de leurs revenus publicitaires actuels que de leurs revenus d'abonnement si le CRTC les autorisait à en percevoir. En conclusion, nous tenons à rappeler que le remarquable succès de ces émissions est largement dû au talent des auteurs – scénaristes et réalisateurs - qui les créent et qui, année après année, affinent leur métier et font preuve d'une vitalité et d'une créativité en pleine effervescence. Et que si l'on souhaite qu'un tel succès aille croissant, il est essentiel de leur en fournir les moyens. Nous réitérons notre souhait de participer à l'audience publique afin de préciser notre point de vue sur le rôle essentiel des radiodiffuseurs conventionnels et des auteurs que nous représentons, qui contribuent à l'essor du système de radiodiffusion canadien. *** Fin du document ***
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